Savoir pêcher

Le Dépaysement de Jean-Christophe Bailly commence à Bordeaux, dans une boutique d’accessoires de pêche où des filets sont exposés, l’auteur y voit des objets incarnant le mariage de l’intelligence, de la ruse, de la métis, et de la nature, de l’animalité, de la violence sanglante et nécessaire. Des structures mathématiques formées dans la rencontre des formes naturelles, des comportements sauvages et du génie artisanal.

Je terminais la lecture de ce premier chapitre à la bibliothèque Mériadeck quand on me remit un flyer pour participer à une “célébration du silence commun” dans le cadre d’Evento, la biennale d’art contemporain bordelaise. Il s’agissait de lire en silence un texte de Fernand Braudel. Le feuillet contenait une réflexion sur la qualité des évènements qui rythment les nouvelles quotidiennes ; Fernand Braudel les compare à des myriades de lucioles qui attirent le regard mais n’éclairent pas vraiment : ce qui remplit nos journaux n’explique pas l’Histoire.

JC Bailly essaie de saisir la forme de ce qu’est la France en sondant des lieux du territoire. À l’inverse des évènements que critique Braudel, les lieux que visite Bailly n’excitent pas immédiatement l’esprit mais peuvent libérer une histoire quand un chercheur sait les examiner.

De l’importance de savoir saisir les entités réellement signifiantes.

Comme l’adresse de la boutique était indiquée, j’y suis allé aussitôt la performance artistique terminée. Je n’ai pas vu les filets, la boutique était fermée.

 

Je découvre plus tard que Fernand Braudel est l’auteur d’un livre dont le titre, l’Identité de la France, n’aurait pas déparé sur la couverture de celui de Jean-Christophe Bailly.